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Du Trauma à la Guérison (2)

  • Photo du rédacteur: Catherine Hugot
    Catherine Hugot
  • 7 janv.
  • 6 min de lecture

Voici la seconde partie de la conférence que j'ai faite en novembre 2025 sur le trauma, déclinée sous la forme de trois articles de blog.

Cette seconde partie porte sur les liens très forts entre le trauma individuel et collectif.

Le troisième et dernier article évoquera la guérison du trauma.


Bonne lecture !




Nos traumatismes individuels façonnent le Monde

... et vice versa


La résurgence des guerres, l'urgence de la crise écologique et les divisions profondes qui fragmentent nos sociétés dessinent le portrait d'un monde en crise.

Une question centrale émerge : comment en sommes-nous arrivés là ?

L'adage selon lequel "l’extérieur est le reflet de l’intérieur" suggère que ces crises collectives ne sont que le miroir de nos propres blessures intérieures. Cela nous confronte à une problématique fondamentale : est-ce la société qui traumatise l'individu, ou est-ce l'individu traumatisé qui, par ses actions et ses réactions, engendre une société chaotique ? La réalité est que ces deux forces sont inextricablement liées, créant un cycle de re-traumatisation sans fin, à l'image du serpent qui se mord la queue.


Les symptômes évidents d'une société traumatisée


Si l’on observe l’état du monde, on constate qu’une humanité si avancée technologiquement reste profondément immature sur les plans émotionnel et relationnel, comme en témoignent la persistance de la compétition économique impitoyable, l'apathie collective face aux crises, ou encore la recherche de "sauveurs" politiques. Cette immaturité se manifeste par une série de symptômes qui sont autant de signes d’un traumatisme collectif profond et non résolu.


Violence et Division :

    ◦ Conflits, guerres, extrémisme politique et terrorisme.

    ◦ Compétition économique impitoyable, exploitation et pauvreté.

    ◦ Discrimination, culte de la performance et divisions violentes.

Déni et Apathie :

    ◦ Déni et indifférence face à la souffrance collective.

    ◦ Minimisation de la maltraitance infantile, considérée comme un problème privé.

    ◦ Désensibilisation généralisée et aveuglement collectif face aux crises.

Confusion et Perte de Lien :

    ◦ Pensée confuse rendant les populations manipulables par la surinformation et la désinformation.

    ◦ Stratégies politiques s'appuyant sur l'ignorance pour activer la haine, la colère et la peur.

    ◦ Fragilisation du lien social et isolement généralisé.

    ◦ Recherche de "sauveurs" ou d'hommes forts au pouvoir et fonctionnement en logique de survie.



La compulsion de répétition : Pourquoi l'Histoire bégaie-t-elle ?


Au niveau collectif comme individuel, le trauma non résolu tend à recréer des événements traumatiques dans une tentative inconsciente de les dépasser. Ce phénomène, connu sous le nom de compulsion de répétition, explique pourquoi l'Histoire semble si souvent se répéter.

Le psychanalyste Carl Jung a conceptualisé "l’Ombre collective" pour décrire cette part refoulée de l’humanité – faite de peur, de haine et de pulsions destructrices – que nous projetons à l’extérieur lorsque nous refusons de la reconnaître en nous. Ce passé non intégré ne disparaît pas ; il doit refaire surface, encore et encore, sous des formes nouvelles mais familières, créant ce que l'on peut nommer un faux futur de répétition.

"Tant que le passé n'est pas digéré, il ressurgit sous de nombreuses formes [...] Ce que nous croyons être le destin est en fait le passé non intégré."

Si l'Histoire semble se répéter, c'est que les acteurs de cette Histoire sont eux-mêmes prisonniers de leurs propres cycles. C'est en plongeant au cœur de la psyché individuelle que l'on découvre la véritable source de ce chaos collectif.



De la blessure d'enfance à la violence structurelle


La racine du chaos sociétal se trouve souvent dans les blessures de l'individu. Les traumatismes vécus dès l'enfance façonnent des adultes qui propagent inconsciemment leurs blessures dans la société, créant un environnement propice à la perpétuation de la violence.

La psychanalyste Alice Miller a démontré comment la maltraitance infantile, souvent normalisée et refoulée sous couvert d'éducation, engendre une véritable culture de la violence. Selon elle, "lorsque des enfants psychiquement traumatisés deviennent adultes, ils répandent leurs troubles psychiques dans tous les domaines de la société".

La conséquence psychologique est fondamentale : les personnes traumatisées se coupent d'elles-mêmes, sont incapables de se sentir en sécurité ou d'établir des relations saines. Quand on est déconnecté de soi-même, on ne peut connecter empathiquement l'autre. Ces adultes, devenus parents, enseignants ou dirigeants, reproduisent sans conscience les logiques de pouvoir, de contrôle et de domination qu'ils ont subies. La violence devient alors structurelle, s'insinuant dans nos écoles, nos entreprises, nos gouvernements et nos normes culturelles, créant un système qui s'auto-entretient en niant la souffrance qu'il produit.


Le cycle Victime-Agresseur : la mécanique invisible de la violence


Au cœur de cette propagation se trouve la dynamique inconsciente du cycle victime-agresseur. Pour survivre à une souffrance insupportable, une personne victime peut finir par s'identifier à son agresseur et reproduire la violence qu'elle a subie, souvent sans même en avoir conscience. Ce mécanisme, alimenté par le déni de sa propre douleur, est une tentative désespérée de reprendre le contrôle. Le fait que au moins 90% des détenus aient subi des mauvais traitements dans leur enfance est une illustration tragique et frappante de cette réalité : le cycle du mal tend à se perpétuer, transformant inévitablement la victime d'hier en agresseur de demain, que ce soit envers les autres ou envers elle-même.


Comment les traumatismes de l'Histoire s'inscrivent en nous


Les traumatismes collectifs ne restent pas confinés à l'Histoire ; ils s'inscrivent profondément en nous et se transmettent de deux manières principales : horizontalement, par contagion au sein d'un groupe social, et verticalement, de génération en génération.

L'exemple de la Shoah illustre parfaitement ce double impact.

Le traumatisme horizontal : Le peuple juif, dans son ensemble, a vécu un traumatisme d’extermination. Même les personnes n'ayant pas de lien familial direct avec les déportés peuvent partager une mémoire collective de peur de l’exclusion, d’hypervigilance ou de méfiance envers les institutions. C'est la contagion du trauma au sein d'une communauté.

Le traumatisme vertical : Les descendants des survivants des camps manifestent encore aujourd'hui des symptômes comme des angoisses ou un stress élevé. Des recherches ont même mis en évidence des "altérations des hormones de stress transmises aux générations suivantes" via l'ADN, montrant que le trauma peut laisser une empreinte biologique transmissible.


Le grand aveuglement : Pourquoi refusons-nous de voir ?


Le trauma est un sujet tabou. Il est systématiquement nié, banalisé ou considéré comme un problème privé et exceptionnel, alors qu'il est en réalité omniprésent.

Ce déni collectif est un puissant mécanisme de défense qui empêche la société de confronter la réalité de la souffrance et, par conséquent, d'entamer un processus de guérison.

La première étape, et la plus cruciale, est donc la sortie du déni. Ce refus de voir s'explique par plusieurs raisons profondes.

  1. La protection des mythes et des institutions : Nos sociétés reposent sur des mythes fondateurs, comme celui de la "famille aimante et protectrice". Admettre l'ampleur des violences intrafamiliales, comme l'inceste ou la maltraitance, reviendrait à faire voler en éclats ce mythe rassurant.

  2. La protection des agresseurs : Le déni sert souvent à protéger les agresseurs au détriment des victimes. L'exemple historique de Freud, dont la société a préféré nier la réalité des abus sexuels infantiles plutôt que d'accuser les pères de famille, montre comment le déni collectif maintient les structures de pouvoir et d'abus en place.



Conclusion : Briser le cycle, une responsabilité individuelle pour une guérison collective


Nous sommes pris dans une causalité circulaire implacable : des individus traumatisés créent des sociétés traumatisées, et des sociétés traumatisées continuent de traumatiser les individus. En somme, le trauma collectif, c’est une humanité entière qui fonctionne à partir de ses blessures de survie.

Pourtant, si nous traversons aujourd'hui une période de crise intense, c'est aussi une "période de mutation". La remontée générale des traumatismes à la surface de notre conscience collective, bien que douloureuse, offre une opportunité de transformation sans précédent. Le monde ne fait pas que s'effondrer ; il cherche à se réinventer. Pour que cette transformation advienne, la guérison est une démarche à la fois individuelle et urgente.

C'est en affrontant nos propres blessures que nous pouvons cesser de les projeter sur le monde et ainsi, pas à pas, intégrer nos Ombres collectives et individuelles, démanteler ce "faux futur de répétition", et construire un présent réellement conscient.


Dans le prochain article, nous finirons cette exploration en explorant les clés importantes de la guérison du trauma.


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