Du Trauma à la Guérison
- Catherine Hugot

- 12 déc. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 déc. 2025
Suite à de nombreuses demandes, j'ai le plaisir de vous partager la conférence que j'ai faite en novembre dernier sur le trauma. Elle sera déclinée sous la forme de trois articles de blog.
En voici la première partie, qui pose une définition du trauma et traite de l'universalité du trauma.
J'ai simplifié le texte original de la conférence afin de rester dans un format et un style blog, accessible mais néanmoins informatif.
Suivra un second article de blog qui évoquera le rapport entre le trauma individuel et le trauma collectif et un troisième et dernier article qui évoquera la guérison du trauma.
Bonne lecture !

Partie 1 : Nous sommes tous des âmes blessées
Le mot trauma est souvent associé à des événements spectaculaires : un accident grave, un attentat, une agression violente... Nous pouvons donc penser que nous ne sommes pas concernés.
Et pourtant...
Le traumatisme est en réalité universel. Il est fait partie intégrante de notre condition humaine. Nous sommes tous, à des degrés divers, des âmes blessées.
Parce que dès qu’un être humain vit quelque chose qu’il n’a pas les moyens d’intégrer, le trauma s’inscrit — dans le corps, dans le système nerveux, dans l'inconscient.
Certains chocs sont évidents, d’autres sont silencieux, invisibles, ordinaires… mais tout aussi marquants.
Il est urgent de changer de regard sur nos propres blessures. Car la première étape de la guérison, c'est la sortie du déni.
Qu’est-ce qu’un trauma ? Un processus, pas seulement un événement
Le trauma est moins l’événement que la réaction du système nerveux face à quelque chose de trop :
trop intense ou violent,
trop précoce,
trop long,
ou simplement impossible à “digérer”.
Le figement : un mécanisme de survie ancestral
Lorsqu’un danger ou événement dépasse nos capacités, le système nerveux active une réponse instinctive : le figement (appelé aussi dissociation), un héritage animal gravé dans notre cerveau reptilien.
Chez les animaux, cette stratégie est adaptative : il s'agit de faire le mort, d'anesthésier la douleur, puis dès que la menace disparaît, l'animal sait d'instinct libérer l’énergie par des tremblements et revenir à la normale.
Chez les humains, c’est différent.
Le néocortex — notre cerveau rationnel — bloque cette décharge naturelle. L’énergie mobilisée pour combattre ou fuir reste piégée dans le système nerveux. C’est cette énergie bloquée qui devient symptôme, trauma.
La réponse de figement est une stratégie animale intelligente… qui est devenue dysfonctionnelle chez l'être humain.
On distingue les trauma avec “T” majuscule et les traumas avec “t” minuscule
T majuscule : ce sont les chocs traumatiques (accident, agression, acte violent).
t minuscule : ce sont les traumas de développement, ils concernent l'enfance.
Pour un enfant, la rupture du lien d’attachement équivaut à une menace de mort. Ces traumas précoces sont aussi dévastateurs que les grands chocs traumatiques et ils sont très largement répandus.
Les symptômes du trauma : le corps n’oublie rien
Nous avons vu que l'essence du trauma, c’est la dissociation : une déconnexion de soi, un mécanisme involontaire pour survivre quand la lutte ou le fuite sont impossibles.
Un autre point capital est que le traumatisme s’inscrit dans la mémoire implicite du corps.
Les manifestations traumatiques possibles touchent donc le physique, le somatique, mais également toutes les dimensions : émotionnelles, psychologiques et relationnelles.
Voici quelques symptômes possibles :
douleurs chroniques, troubles digestifs, maladies auto-immunes, fibromyalgie...
hypervigilance, hypersensibilité, palpitations, stress,
fatigue chronique, apathie, perte d’élan vital,
insomnie, cauchemars,
anxiété, dépression, phobies, accès de colère, honte, culpabilité,
isolement, vide intérieur, difficulté à poser des limites, à dire non
addictions, agressivité, troubles sexuels,
amnésie traumatique, flashbacks, perte d’identité, confusion,
comportements autodestructeurs
L’un des pire symptômes est celui de la répétition : l’individu rejoue inconsciemment les situations traumatiques, comme une tentative d’achever un processus de survie interrompu.
Mais la conséquence la plus grave et profonde du trauma est peut-être celle-ci : ne plus pouvoir être soi-même.

Le déni : un mécanisme de survie
Si le traumatisme est aussi répandu, pourquoi est-il si rarement reconnu ?
Parce que le déni, dans la continuité de la dissociation, protège le système en empêchant l'accès au trauma, mais paradoxalement aussi, à la guérison.
Quand le trauma a submergé les capacités d’intégration, nous sommes retrouvés sans ressources pour affronter la réalité. Notre système nerveux n'a pas eu d'autre choix que de couper, refouler, anesthésier pour ne pas devenir fou ou mourir.
Le trauma est devenu invisible - même et surtout - pour celui qui le porte.
Des études suggèrent que jusqu'à 85 % des gens seraient concernés par le trauma, mais que la plupart ne le conscientisent pas.
L’enfance : le berceau de la blessure
L’enfance est le terrain où se jouent les blessures les plus profondes. Les traumas précoces peuvent advenir du fait d'une incompétence légère des parents jusqu'à des dynamiques toxiques beaucoup plus graves.
Alice Miller et la “pédagogie noire”
La psychologue Alice Miller a établit que les mauvais traitements infligés aux enfants sont la source cachée de la violence individuelle et collective.
Elle dénonçait l’éducation autoritaire qui brise l'enfant, son authenticité, et contribue à la transmission de la violence.
Cette vision, aujourd’hui dépassée en partie grâce à l'évolution de l'éducation, a ouvert la voie à des réflexions et théories plus modernes : comme le concept de la famille toxique, du parent narcissique et du trauma développemental, développé entre autre, par Gabor Maté.
Gabor Maté : le dilemme universel entre attachement et authenticité
Selon le docteur Gabor Maté, le trauma fondamental qui nous concerne tous, est une déconnexion à notre authenticité qui naît du conflit entre :
Le besoin d’attachement : Enfant, nous avons besoin que l'on prenne soin de nous pour survivre.
Et le besoin d’authenticité : Enfant, nous avons besoin d'exprimer notre vérité intérieure, d'être connecté à nos ressentis et pouvoir les exprimer.
Que se passe-t-il lorsque l'environnement d'un enfant ne peut accueillir son authenticité, ses émotions ou ses besoins profonds ? L'enfant, pour qui le lien avec ses parents est une question de survie, choisira toujours l'attachement. La conséquence est dramatique : pour rester en lien et être aimé, il apprend à se couper de lui-même, de parts de lui, à taire ses besoins, à se sur adapter.
Cette déconnexion intérieure, née d'une sur adaptation pour survivre, est une blessure fondamentale et universelle.
Parce que même les parents les plus aimants, présents et alignés ne sont pas toujours capable d’accueillir leur enfant, dans son entièreté, pleinement et tout le temps.
La théorie polyvagale de Stephen Porges : le trauma comme blessure de connexion
Pour le docteur Stephen Porges, le système nerveux est orienté vers une quête permanente de sécurité. Quand l’enfant n’est pas vu, entendu ou contenu, son système nerveux se dérègle et reste bloqué dans la survie.
Le trauma devient alors :
une coupure entre soi et l’autre,
et une coupure entre soi et son propre corps.
La guérison, c’est de réapprendre la sécurité intérieure pour pouvoir se relier à soi, à autrui, à la vie.
Gabor Maté et Stephen Porges parlent de la même chose :
G. Maté parle de rupture avec la vérité intérieure
S. Porges de rupture avec la sécurité intérieure
Tous les deux décrivent la même chose : la déconnexion, un autre nom pour le trauma, que nous portons quasiment tous.

Le corps, messager du trauma
Pour Gabor Maté encore, un grand nombre de maladies trouvent leur origine dans un trauma non résolu. La dissociation avec le corps fait que les premiers signaux corporels ne sont pas perçus, laissant place à des pathologies plus graves.
Le corps garde tout.
Chaque symptôme est un message, une tentative de nous ramener vers une part de nous-même, ignorée, abandonnée.
La transmission transgénérationnelle : un héritage silencieux
De plus, le trauma est très contagieux. Il se transmet à travers :
l’éducation, les comportements,
l’histoire familiale, l'inconscient familial,
les non-dit, secrets de famille,
et même, selon certaines recherches scientifiques, l'ADN.
Les parents projettent inconsciemment leurs propres blessures. Et les enfants tentent inconsciemment de les résoudre.
Les traumas non guéris traversent les générations… jusqu’à ce qu’ils trouvent enfin un espace pour être vus, reconnus et transformés.
Conclusion : Nous sommes tous des âmes blessées — mais capables de guérir
Le trauma n’est pas une fatalité.
C’est une blessure de connexion — à soi, à l’autre, à la vie. Et cette connexion peut se reconstruire, lentement, patiemment, avec douceur.
Comprendre le trauma, ce n’est pas s’y enfermer. C’est retrouver un chemin vers soi, vers son corps, vers sa vérité intérieure.
C’est sortir du figement, réapprendre la sécurité, à ré habiter son Etre, son Ame.
Nous sommes tous touchés. Mais nous sommes aussi, chacun à notre rythme, capables de guérison.
Reconnaître le trauma, c'est le début de la libération.
Dans les prochains articles, nous poursuivrons ensemble cette exploration du trauma.
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